Évaluation de la prévention primaire du suicide chez les adolescent·es présentant des facteurs de risque (ESPAIR)

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Le projet ESPAIR vise à évaluer l’efficacité d’une intervention brève de prévention primaire du suicide auprès d’adolescent·es vulnérables en Suisse, au moyen d’un essai contrôlé randomisé. Son objectif principal est de déterminer si cette intervention améliore la sensibilisation au suicide une semaine après sa mise en œuvre. Les objectifs secondaires sont d’évaluer, à une semaine et à trois mois, son effet sur les connaissances relatives au suicide, la connaissance des ressources d’aide locales, les pensées suicidaires et la détresse psychologique, ainsi que de mesurer le maintien des effets sur la sensibilisation au suicide à trois mois. Le projet explorera également deux enjeux spécifiques aux populations vulnérables : l’accès à la prévention primaire du suicide et l’impact du biais lié aux non-réponses. Les résultats attendus permettront de renforcer les connaissances scientifiques sur la prévention du suicide chez les adolescent·es vulnérables et de fournir des données probantes pour orienter les politiques de santé publique et les stratégies de prévention.

Contexte et justification

Le suicide est l’une des principales causes de décès chez les adolescent·es. Parce qu’il est évitable, la prévention du suicide est devenue une priorité majeure de santé publique à l’échelle mondiale. Des résultats encourageants issus d’études antérieures, y compris de travaux préliminaires menés en Suisse, ont montré que les interventions de prévention primaire du suicide sont efficaces pour renforcer la sensibilisation au suicide et réduire les pensées suicidaires chez les adolescent·es. Ces interventions reposent sur la psychoéducation, avec pour objectif d’améliorer les connaissances sur le suicide et les moyens de rechercher de l’aide. Toutefois, une lacune importante demeure : le manque d’études menées auprès de populations vulnérables (c’est-à-dire marginalisées, désengagées et défavorisées). Ces populations, qui ont un accès limité aux soins de santé (primaires), présentent un risque accru de comportements suicidaires en raison de facteurs de risque biologiques, psychologiques et sociaux. À ce jour, aucune intervention de prévention primaire du suicide n’a été évaluée auprès d’adolescent·es vulnérables. Des études de haute qualité sont donc nécessaires afin d’identifier les bénéfices potentiels de telles interventions.

Objectifs

Ce projet vise à évaluer l’efficacité d’une intervention brève de prévention primaire du suicide auprès d’adolescent·es vulnérables, au moyen d’un essai contrôlé randomisé (ECR) en grappes (cluster randomized controlled trial). L’objectif principal est d’évaluer l’efficacité de l’intervention une semaine après sa mise en œuvre sur une mesure composite de la sensibilisation au suicide. Les objectifs secondaires consistent à évaluer son efficacité à trois mois sur cette même mesure composite, ainsi que son efficacité à une semaine et à trois mois sur les scores de : 1) connaissances sur le suicide ; 2) connaissances des ressources locales ; 3) pensées suicidaires ; et 4) détresse psychologique. L’étude explorera également deux enjeux particulièrement importants dans les populations vulnérables : 5) l’accès à la prévention primaire du suicide ; et 6) le biais lié aux non-réponses.

Méthodes

L’étude mènera un essai contrôlé randomisé suisse, ouvert, de supériorité, en grappes, avec deux groupes parallèles (randomisation 1:1, stratifiée sur huit sites). Les participant·es, âgé·es de 14 à 25 ans, seront réparti·es aléatoirement dans un groupe intervention (intervention de prévention primaire du suicide de 90 minutes) ou dans un groupe contrôle (intervention artistique de 90 minutes). L’intervention sera animée par l’organisation spécialisée Stop Suicide, avec une facilitatrice ou un facilitateur formé·e et un·e psychologue, auprès de groupes d’environ dix adolescent·es. Elle vise à améliorer les connaissances sur le suicide, à fournir des informations sur les ressources d’aide disponibles, ainsi qu’à renforcer la confiance et la volonté de demander de l’aide. Cette intervention a déjà été évaluée avec succès dans un essai précédent, mais auprès d’une population générale.

L’étude comprendra une évaluation au départ (baseline), puis des suivis à une semaine et à trois mois, avec une phase de collecte de données de deux ans et demi. Les adolescent·es vulnérables incluront des jeunes : 1) placés dans des centres de détention pour mineurs ; 2) déscolarisés ; 3) suivis pour des troubles psychiatriques ; et 4) appartenant à une minorité sexuelle ou de genre. La taille minimale de l’échantillon nécessaire pour détecter une différence de trois points sur l’échelle de sensibilisation au suicide, avec une puissance statistique de 80 %, est de 180 participant·es. L’étude prévoit de recruter 240 participant·es afin de tenir compte des pertes au suivi et d’inclure de deux à quatre grappes par site. Les données seront analysées à l’aide de modèles de régression à effets mixtes, avec une pondération par la probabilité inverse d’attrition et un ajustement sur les facteurs mesurés au départ.

Valeur attendue du projet

L’étude s’attend à ce que cette intervention brève de prévention primaire du suicide améliore la sensibilisation au suicide et réduise les pensées suicidaires ainsi que la détresse psychologique. Les principaux points forts de cette proposition sont : 1) une collaboration unique entre clinicien·nes, épidémiologistes, spécialistes de la prévention du suicide, chercheuses et chercheurs en sciences sociales et expert·es en éducation ; 2) l’utilisation d’un devis méthodologique de référence (gold standard) ; 3) le recours à une intervention ayant déjà démontré son efficacité dans la population générale ; et 4) une excellente puissance statistique.

Le projet ESPAIR fournira des résultats essentiels pour combler le manque actuel de données probantes de haute qualité concernant la prévention primaire du suicide chez les adolescent·es vulnérables. L’étude apportera des éléments de preuve utiles aux décideurs pour orienter les politiques de prévention primaire du suicide et de protection des adolescent·es vulnérables.

Anne Edan, Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), Suisse

Patrick Heller, Service de Médecine Pénitentiaire Hôpitaux Universitaires de Genève, Suisse

Carole Kapp, SUPEA Département de Psychiatrie Centre Hospitalier Universitaire Vaud (CHUV), Suisse

Laurent Michaud, Service de psychiatrie de liaison Département de psychiatrie CHUV, Suisse

Sophia Perez, Stop Suicide, Suisse

Camille Piguet, NCCR Synapsy Campus Biotech Université de Genève, Suisse

Caroline Piotrowski, University of Manitoba Department of Community Health Sciences Max Rady College of Medicine, Canada

Mathias Rumley, EPSCL Sciences et Math-Physiques, Suisse

Marlène Sapin, Fondation FORS Bâtiment Geopolis Université de Lausanne (Unil), Suisse

Fonds national suisse (FNS)

Requérantes principales

Stéphanie Baggio, Institut de Psychologie Faculté des Sciences Sociales et Politiques Université de Lausanne, Switzerland

Katia Iglesias, Haute école de santé Fribourg (Heds FR), Switzerland

Prunelle Henchoz, CHUV

Lisa Jimenez Olariaga, HUG

Julia-Rose Miguet, Laboratoire de Psychologie Sociale Institut de Psychologie Université de Lausanne, Suisse

Neslie Nsingi, Laboratoire de Psychologie Sociale Institut de Psychologie Université de Lausanne, Suisse

Yekaterina Prutyanova, Laboratoire de Psychologie Sociale Institut de Psychologie Université de Lausanne, Suisse

Baggio, S., Bailey, E., Edan, A., Heller, P., Kapp, C., Lambert, N., Michaud, L., Mundt, A., Nsingi, N., Perez, S., Peregalli, S., Piguet, C., Piotrowski, C., Prutyanova, Y., Rumley, M., Sapin, M., Urben, S., & Iglesias, K. (2025). Evaluating primary suicide prevention in adolescents with risk factors (ESPAIR): Study protocol for a cluster-randomized controlled trial. Trials, 26, 537. https://doi.org/10.1186/s13063-025-09266-y